Comité de Liaison des Associations Nationales de Rapatriés  
Comité de liaison (CLAN-R)

Jean-François PAYA ; Le 5 juillet à Oran

dimanche 20 février 2011

Nous avons pu éliminer la cause purement fortuite de la provocation en nous basant sur l’analyse des témoignages, y compris de militants algériens, sur les rares archives militaires, sur le déroulement des incidents et sur quelques images filmées au début de la provocation. De source privée, nous avons aussi eu accès à des textes inédits, classées " secret confidentiel " par l’armée française et émanant de l’Etat Major de l’ALN, datés du 5 juillet 1962, jour du drame.

Des textes qui démontrent la virulence de l’opposition avec le GPRA et préparent les troupes à intervenir, pour rétablir l’ordre, alors que personne ne savait ce qui se passait à Oran ! (5)

Les pompiers pyromanes de l’ALN

Bien sûr , nous n’aurons jamais un ordre de mission signé de Boumédienne. Mais Mohamed Harbi a écrit : L’Etat -major a une vue cynique des choses ; il désire ruiner l’autorité du GPRA ; avec Ben Bella, il ne reculera devant aucun procédé pour se saisir du pouvoir. Et le garder…La suite l’a prouvé ! S’il etait besoin d’autres preuves de ces assertions, la crise ayant éclaté au grand jour, nous avons retrouvé dans la presse des communiqués moins confidentiels que le nôtre : tandis que le " groupe de Tlemcen " faisait appel à l’Etat major " pour rétablir l’ordre et la sécurité à Alger ", un communiqué des willayas III et IV " accusait un réseau dirigé par Yacef Saadi " de tirer sur les djounouds, espérant profiter de la confusion pour occuper la capitale et préparer l’arrivée des bataillons de l’ex Etat major " (Le Monde).

Ils ne purent y pénétrer que le 9 septembre . Idem un message " géné-super " de l’armée française signale des tirs et des provocations dans les quartiers de l’Agha et des facultés à Alger ; des cris incriminant l’OAS auraient aussi été entendus ! Mais le procédé qui avait si bien réussi à Oran fit long feu…Dans cette ville, l’avancée de l’ALN du Maroc (qui dût cependant réquisitionner camions et bus privés) venue " rétablir l’ordre " en pompiers pyromanes avait été avalisée par un GPRA abusé qui, dans un communiqué du 6 juillet, annonce " une attaque de l’OAS " avancée dans un premier temps par les benbellistes d’Oran, argument vite abandonné pour incriminer ensuite des " des bandes anarchiques "(6)

Les victimes du 5 juillet boutées hors de l’histoire

Ce troisième volume de l’Agonie d’Oran se veut plus technique que les précédents, chiffrant les effectifs, énumérant les unités des forces Françaises présentes à Oran, situant leurs cantonnements imbriqués dans la ville, à proximité des premières exactions : 18000 hommes strictement consignés, comme le rappellent plusieurs fois les journaux de marche (JMO) de certaines unités, qui relatent avec parcimonie ce qu’elles ont pu voir de " leurs balcons " Certaines sont intervenues parfois pour ouvrir leurs portes aux fugitifs ou en cas de légitime défense patente, comme à la gare d’Oran. (7)

Il faut tout de même signaler une initiative remarquable : celle du lieutenant Khéliff qui intervint avec son unité loin de sa base. Le général Katz, chef du secteur autonome d’Oran se raccrochera plus tard à ces quelques rares mais précieuses interventions d’initiatives " humanitaires " en se couvrant derrière des " ordres supérieurs ", venus du sommet de l’Etat. Il n’en reste pas moins que madame de Ternant, ordonnatrice de l’ouvrage, a raison d’écrire : C’est le seul exemple dans l’Histoire, d’un massacre perpétré sur une communauté sans défense en présence de son armée qui laisse assassiner et enlever ses ressortissants sans intervenir.

Et elle pouvait ajouter d’une armée invaincue !

Selon le vote unanime de l’Assemblée Nationale, la guerre d’Algérie a officiellement cessé le 2 juillet 1962.

Ce n’est pas une raison pour bouter hors de l’histoire les victimes du 5 juillet à Oran

(5) Note de renseignement 1226 B2 classifiée secret /confidentiel /Communiqué de l’Etat Major de l’ALN du 5 Juillet 1962 (texte intégral dans "agonie d’Oran " 3 )

(6) Le capitaine de l’ALN, Bakhti organisa le 10 juillet un montage médiatique pour tout mettre sur le dos d’un chef de bande pseudo Attou qui évoluait après le 19 mars dans les quartiers sud-est d’Oran ;

(7) Seul accrochage sérieux avec une section du 8ème Rima en faction à la gare qui fit plusieurs victimes du côté Musulman (très édulcoré des 2 cotés)

Par Jean-François PAYA Ancien combattant d’Algérie classe :/54 En service à la Base de Mers-el -Kébir jusqu’à fin 1964


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