Comité de liaison (CLAN-R)

Robert MILLER : Les Etats Unis et la guerre d Algérie , le tournant du discours de JF Kennedy en 1957

lundi 21 février 2011

La France ne cessait de répéter que l’Algérie ne relevait en aucune manière des attributions de l’ONU comme l’avait déjà affirmé Mendès France en janvier 1955 : « Il n’est pas question que nous reconnaissions l’ONU comme étant compétent lorsque des questions de notre souveraineté sont en jeu. »

Le discours de Kennedy ne faisait en fait que réaffirmer, en utilisant des termes à la fois idéalistes et pratiques, les positions traditionnelles des États Unis sur le colonialisme. L’Amérique, ancienne colonie, comprenait mieux que quiconque le désir naturel de liberté et d’indépendance des peuples subjugués…on peut entrevoir voir dans les expressions de JFK, les souvenirs du catholique irlandais dont les ancêtres avaient souffert sous le joug assez dur de l’Angleterre et qui comprenait mieux que d’autres l’impatience et la colère des colonisés.

Mais Kennedy voyait aussi dans le drame de la décolonisation un même combat contre l’impérialisme qu’il soit occidental ou soviétique.
« Si nous manquons de nous opposer à l’impérialisme soviétique comme à celui de l’occident alors aucun programme d’aide ou de fournitures d’armes, aucun pacte ni doctrine ni conférence au sommet ne pourront nous éviter des erreurs de parcours vers la sécurité. » et plus loin, « Au lieu de laisser les agitateurs anti-occidentaux s’emparer de la tête du mouvement, les États Unis, qui sont le produit d’une révolution politique, doivent redoubler leurs efforts et mériter le respect et l’amitié des chefs nationalistes. »

L’appel de Kennedy qui consistait à donner son soutien aux mouvements nationalistes du monde entier cherchait en fait et surtout à contrer l’influence soviétique et chinoise. Le sénateur voulait aussi montrer qu’il était un guerrier encore plus dur et efficace que le président Eisenhower dans la lutte sans merci que l’Amérique devait mener contre le bloc soviétique.

Les réactions au discours ne se firent pas attendre. Les moujahidins de l’ALN dans les djebels en Algérie, qui se voyaient décimés par les offensives de plus en plus meurtrières de l’armée française, ont senti le soutien de l’Amérique dans les mots du sénateur, convaincus que cette fois « L’Amérique nous a entendus ». Plus près du sénat, à Washington, le président et le secrétaire d’état John Foster Dulles ainsi que la plupart des chefs de file républicains ne ménagent pas leurs critiques.

Même des collègues démocrates condamnent les positions de Kennedy jugées trop avancées. En France c’est une levée de boucliers contre le discours sauf dans la gauche favorable au dialogue avec le FLN. Robert Lacoste invite Kennedy à visiter Alger et se rendre compte de lui-même, mais le sénateur refusera de faire le voyage

Le FLN avait l’impression d’avoir trouvé un allié de taille avec un avenir politique certain, dans la bataille politique et diplomatique internationale, qui était le véritable terrain du conflit algérien, dans lequel les perceptions étaient au moins aussi importantes que les réalités.

Il n’y a aucun doute que De Gaulle en voyant Kennedy élu à la présidence en novembre 1960 savait que sa politique algérienne devait désormais prendre un tournant décisif. La question de savoir si de Gaulle avait l’intention de se débarrasser du problème algérien avant de revenir au pouvoir en 1958 ou si ce changement de politique ait été le résultat d’une évolution plus lente ne sera probablement jamais éclaircie. Il est certain que le contexte international et l’arrivée de Kennedy à la présidence ont eu un impact décisif sur la politique française.


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